Le support audio à bobines, techniquement similaire aux cassettes VHS, partage une vulnérabilité commune : l'hydrolyse du liant. Ses particules d'oxyde de fer, fixées sur une base polyester par un liant polyuréthane, subissent les ravages du temps. L'humidité ambiante, particulièrement présente dans les régions comme la vallée de la Moselle, est absorbée par ce liant, qui se dégrade et rend la couche d'oxyde poisseuse. Les conséquences sont encore plus critiques pour les bobines que pour les VHS, car la bande entre en contact direct avec la tête de lecture, le cabestan et le galet presseur ; des éléments qui peuvent être irrémédiablement endommagés par ce dépôt collant.
La pathologie la plus fréquente est le « sticky shed syndrome », analogue au problème rencontré avec les VHS, mais affectant ici la qualité audio. Une bobine affectée par ce syndrome émettra des grincements durant la lecture, laissera des résidus bruns sur les têtes et perdra progressivement de la matière à chaque passage. Les bandes Ampex 456, utilisées intensivement en studio entre 1975 et 1992, sont particulièrement à risque, menaçant ainsi d'innombrables enregistrements – masters de groupes rock, orchestres symphoniques et archives radiophoniques – de disparition.
Un second phénomène concerne la migration du liant. Certaines productions des années 1970, notamment les marques Scotch et 3M, utilisaient un liant dont la composition le faisait migrer à travers les couches de la bande. Si ces bobines sont restées enroulées pendant des décennies, elles peuvent devenir un bloc compact et indissociable, rendant toute lecture impossible sans détruire l'enregistrement original.
Le troisième enjeu réside dans la nature des premières bandes. Avant les années 1970, certaines bobines utilisaient une base en papier ou en acétate. Ces matériaux vieillissent mal : le papier se fragmente, l'acétate développe le « syndrome du vinaigre ». Leur manipulation et lecture exigent une expertise et une délicatesse extrêmes pour éviter toute perte.
Enfin, l'équipement de lecture représente un défi majeur. Les magnétophones à bobines professionnels tels que le Studer A810 et le Tascam BR-20 ne sont plus produits depuis les années 1990. Ces appareils sont devenus des pièces de collection rares et coûteuses, une platine fonctionnelle pouvant atteindre 2 000 à 8 000 euros. La plupart des prestataires de numérisation ne disposent tout simplement pas de tels équipements.