Train à Vapeur de la Haute-Somme (APPEVA)
HeritageLe Train à Vapeur de la Haute-Somme : Gardien d'une Mémoire Ferroviaire Unique
Au cœur des paysages paisibles et chargés d'histoire de la vallée de la Somme, serpente une ligne de chemin de fer pas comme les autres. Le Train à Vapeur de la Haute-Somme, affectueusement surnommé le « P'tit Train de la Haute-Somme », est bien plus qu'une simple attraction touristique. Il est le témoignage vivant et haletant d'un passé industriel et militaire bouleversant. Géré avec une passion inébranlable par l'APPEVA (Association Picarde pour la Préservation et l'Entretien des Véhicules Anciens), ce chemin de fer à voie étroite est un joyau du patrimoine national français, préservant contre vents et marées la mémoire des hommes qui l'ont construit et exploité.
Des Tranchées de la Grande Guerre aux Champs de Betteraves
L'histoire de cette ligne atypique à écartement de 60 centimètres prend racine dans les heures les plus sombres du vingtième siècle. Construite en 1916 par les ingénieurs militaires français et britanniques durant la bataille de la Somme, elle avait pour vocation première de ravitailler les lignes de front. À son apogée, ce réseau de chemins de fer dits « de tranchée » permettait d'acheminer jusqu'à 1 500 tonnes de munitions, de vivres et de matériel chaque jour, se faufilant là où les routes, ravagées par les obus, étaient devenues impraticables.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la ligne trouva une nouvelle utilité sous l'égide du Ministère des Régions Libérées pour participer à l'effort titanesque de reconstruction dans des territoires dévastés. Puis, dans un retour à la paix et à la terre, la sucrerie de Dompierre s'en empara pour transporter les betteraves sucrières depuis le plateau du Santerre jusqu'au canal de la Somme à Cappy. Pendant des décennies, le roulement métallique et rythmé des petits wagons fit partie du quotidien agricole de la région, rythmant les saisons des récoltes.
La Naissance de l'APPEVA : Le Sauvetage d'un Patrimoine
Le tournant s'opère au début de l'année 1970. Face au développement fulgurant du transport routier, la sucrerie de Dompierre décide de mettre fin progressivement à son exploitation ferroviaire. Le destin de ces voies étroites, de ces locomotives vaillantes et de ces wagons semble alors scellé : la ferraille et l'oubli définitif. C'est à cet instant critique que trois jeunes passionnés de chemins de fer, refusant catégoriquement de voir disparaître ce pan d'histoire locale et mondiale, fondent l'APPEVA. Leur objectif est à la fois ambitieux et d'une noble évidence : sauver la ligne, préserver le matériel roulant de la destruction, et créer un musée vivant et dynamique, ouvert au public.
Les étapes de ce sauvetage furent franchies avec une détermination exemplaire par ces pionniers. Dès le 13 juin 1971, le tout premier train de voyageurs touristique s'élançait timidement sur un petit tronçon d'un kilomètre et demi entre Froissy et Cappy. Un mois plus tard, le 14 juillet, jour de fête nationale, une véritable locomotive à vapeur reprenait du service, renouant de la plus belle des manières avec l'âme originelle du tracé. En 1974, la sucrerie cessa définitivement toute activité sur rail, permettant alors à l'association de racheter courageusement les voies et les équipements restants. L'année 1976 marqua une victoire retentissante pour les bénévoles avec l'ouverture au public de l'intégralité de la ligne historique de sept kilomètres, serpentant de Froissy jusqu'à Dompierre.
Un Conservatoire Roulant Inestimable
Ce que l'APPEVA protège et restaure aujourd'hui va bien au-delà de quelques kilomètres de rails dans la campagne. L'association abrite, avec une grande fierté, la plus importante collection de matériel ferroviaire à voie de 60 centimètres de toute l'Europe. Une très grande partie de ces trésors de la technique humaine est d'ailleurs jalousement préservée et classée au titre des Monuments Historiques.
Dans ce véritable sanctuaire dédié à l'ingénierie d'autrefois, on dénombre environ 35 locomotives, qu'elles soient mues par la vapeur ou par le diesel. Parmi elles figurent des pièces absolument exceptionnelles qui font rêver les historiens du monde entier : une puissante machine Franco-Belge (KDL No. 10) issue de la Seconde Guerre mondiale, d'authentiques locomotives Henschel du modèle Feldbahn utilisées intensivement par l'armée allemande sur le front en 1917, ou encore une rarissime ALCO britannique, témoin survivant inestimable des War Department Light Railways (WDLR). Le parc remorqué n'est pas en reste pour autant, avec plus de 120 wagons, incluant les fameux wagons militaires « Péchot » et des citernes à eau qui servaient autrefois à abreuver les soldats et les chevaux dans la boue des tranchées.
Pour couronner ce travail de préservation, l'APPEVA a inauguré en 1996 le grand Musée des chemins de fer à voie étroite, situé au terminus de Froissy. Sur près de 1 800 mètres carrés d'exposition, ce musée sublime les collections sauvées de la ruine et documente avec une rigueur historique absolue le rôle fondamental de la voie étroite, tant dans les conflits mondiaux tragiques que dans l'essor industriel et agricole de 1880 jusqu'à nos jours.
Une Histoire Vivante, des Histoires Humaines
Ce qui rend l'expérience du Train à Vapeur de la Haute-Somme si poignante et inoubliable pour les familles comme pour les passionnés, c'est l'authenticité brute de son fonctionnement. L'une des particularités les plus marquantes et spectaculaires du parcours est le fameux « Z », ou rebroussement en zig-zag. Pour réussir à gravir le fort dénivelé du coteau sans imposer une pente impossible aux petites machines essoufflées, le train s'engage d'abord dans une voie en impasse. Il s'arrête, les cheminots basculent l'aiguillage à la force des bras, puis le convoi repart lentement en marche arrière sur une voie supérieure, reproduisant l'opération un peu plus haut. Ce détail technique ingénieux, précieusement conservé par l'APPEVA en état de marche, offre aux visiteurs une plongée directe et charnelle dans les contraintes logistiques colossales et la débrouillardise sans limite des ingénieurs du siècle passé.
Sans le travail titanesque, la sueur et l'engagement bénévole de plusieurs générations au sein de l'APPEVA, ce patrimoine magnifique serait aujourd'hui réduit à quelques lignes mélancoliques dans des manuels d'histoire spécialisés. La ligne historique aurait été impitoyablement déferrée, les terres rendues aux cultures ou broussailles, et les superbes machines à vapeur d'une autre époque auraient tragiquement fondu dans la chaleur des hauts fourneaux. Le Train de la Haute-Somme n'est pas seulement un vestige de ferraille et de vieux bois ; c'est un hommage en perpétuel mouvement rendu aux soldats tombés, aux ouvriers agricoles usés et aux ingénieurs brillants.
Cet article a été inspiré en partie par des souvenirs personnels liés au Train à Vapeur de la Haute-Somme (APPEVA) qui ont été récemment préservés grâce à un travail minutieux de numérisation. Si quelqu'un possède dans ses greniers d'anciennes photographies, des séquences de films oubliées ou des enregistrements sonores liés à cette formidable organisation, des services professionnels comme EachMoment (https://www.eachmoment.fr) peuvent aider à s'assurer qu'ils survivront intacts pour l'émerveillement des générations futures.