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Écomusée du Montmorillonnais

Heritage
M Maria C.

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L'Écomusée du Montmorillonnais : gardien vivant de la mémoire rurale du Poitou

Il suffit de quitter la route départementale et de s'engager sur le chemin de terre bordé de haies vives pour sentir le temps ralentir. Au bout de l'allée, la ferme de Juillé apparaît — pierres blondes, toits de tuiles patinées par trois siècles de pluie, et ce silence particulier de la campagne du sud de la Vienne où l'on n'entend que le vent dans les frênes et le chant lointain d'une tourterelle. C'est ici, sur la commune de Saulgé, au cœur du Pays montmorillonnais, que bat le cœur d'un projet culturel singulier : l'Écomusée du Montmorillonnais.

Écomusée du Montmorillonnais

Photo: Velvet, CC BY-SA 3.0. Source

Aux origines : un territoire qui refuse l'oubli

L'histoire de l'Écomusée commence en 1985, lorsqu'un groupe de passionnés du patrimoine local constate que le monde rural du Montmorillonnais est en train de disparaître silencieusement. Les fermes se vident, les savoir-faire artisanaux s'éteignent avec leurs derniers praticiens, et les objets du quotidien — paniers d'osier, outils de forge, textiles tissés à la main — finissent dans les greniers ou à la décharge. Il faut agir. En 1987, l'association loi 1901 est officiellement créée, avec le soutien financier du SIDEM et de la Région Poitou-Charentes. Sa mission est limpide : parler du territoire, de l'homme dans son milieu, de ses interactions avec la terre, l'eau et la pierre.

Le tournant décisif survient en 1993. L'association acquiert le domaine de Juillé — une ancienne exploitation agricole abandonnée depuis une décennie, mais qui a miraculeusement conservé ses caractères architecturaux traditionnels. Avec ses 12 hectares de terres, ses bâtiments de ferme, son logis et ses deux pavillons en retour d'angle, Juillé offre un écrin parfait pour raconter l'histoire rurale de tout un pays.

1699 Joseph Babert de la Pilatière achète la métairie de Juillé, fondant la branche « Babert de Juillé »

1880 Jean François Nouveau-Dupin, avocat et futur maire de Montmorillon, acquiert le domaine et l'agrandit à huit métairies

1985 Naissance du projet d'écomusée, porté par des passionnés du patrimoine montmorillonnais

1987 Création officielle de l'association Écomusée du Montmorillonnais

1993 Acquisition du site de Juillé à Saulgé — 12 hectares et bâtiments historiques

1995–2008 Treize années de réhabilitation : logis, pavillons, dépendances, scénographies

2008 Ouverture au public du Centre d'interprétation de l'histoire rurale du Montmorillonnais

2022 Lancement de la campagne de restauration de la grange du XIXe siècle pour le projet « Écomusée de demain »

Écomusée du Montmorillonnais

Photo: Adam Cli, CC BY-SA 4.0. Source

Treize ans de patience et de pierre

De 1995 à 2008, l'Écomusée mène un chantier de longue haleine. Pierre par pierre, poutre après poutre, le logis est restauré, les deux pavillons en retour d'angle retrouvent leur dignité, les petites dépendances reprennent vie. L'ancien poulailler est transformé en « matériauthèque » — un espace dédié aux matériaux de construction traditionnels — et abrite la reconstitution d'une bugée, cette lessive d'autrefois pratiquée dans toute la campagne poitevine, accompagnée d'une riche collection de textiles. Ce travail minutieux, mené avec une trentaine de bénévoles — les « Amis de l'Écomusée » — et une petite équipe de trois salariés permanents, aboutit en 2008 à l'ouverture du Centre d'interprétation de l'histoire rurale du Montmorillonnais.

Dix salles pour raconter un monde

Le parcours muséographique se déploie dans dix salles thématiques qui embrassent la totalité de l'expérience rurale montmorillonnaise. On y explore la géologie des sols et les paysages de bocage, l'architecture rurale et la toponymie des lieux-dits, les pratiques agricoles et l'élevage ovin qui a façonné ces collines pendant des siècles. La vannerie, la forge, les jouets de buissons fabriqués par les enfants de ferme, les techniques de conservation des aliments, le mobilier paysan — tout est là, présenté à travers des scénographies vivantes, des films documentaires et des maquettes.

Écomusée du Montmorillonnais

Photo: Martpan, CC BY-SA 3.0. Source

À l'extérieur, un verger conservatoire de 25 variétés anciennes de pommes, développé en partenariat avec l'association des Croqueurs de Pommes, prolonge la visite. Un sentier d'interprétation de trois kilomètres serpente à travers les 12 hectares du domaine, reliant le visiteur aux haies, aux mares, aux prairies — à tout ce tissu vivant que l'agriculture intensive a si souvent effacé ailleurs. Le site est labellisé « Tourisme et Handicap », avec audioguides disponibles en français et en anglais.

Un écomusée au sens plein du terme

L'Écomusée du Montmorillonnais n'est pas un musée figé. Le concept même d'écomusée — né en France dans les années 1970 sous l'impulsion de Georges Henri Rivière — suppose un lien organique entre un territoire, sa population et son patrimoine. Ici, ce lien est cultivé avec une constance remarquable. L'association organise des conférences publiques, des classes patrimoine pour les scolaires, des ateliers pendant les vacances, des expositions temporaires. Elle participe chaque année aux Journées du Patrimoine et aux salons de tourisme régionaux. Elle publie des ouvrages sur l'histoire locale — comme son étude sur les moulins à papier de la vallée de la Gartempe, témoins d'une industrie aujourd'hui disparue.

Les « Amis de l'Écomusée » ne se contentent pas de soutenir financièrement l'institution : ils partent en expédition. En 2019, ils ont visité l'« Atelier à Remonter le Temps » à Tiffauges, en Vendée, où Louis Michel Lussault — dernier héritier d'une illustre famille d'horlogers ayant exercé d'abord à Marçay dans la Vienne, puis à Tiffauges — entretient la flamme de la mécanique horlogère d'église. Ce genre de passerelle entre patrimoines voisins est typique de l'esprit montmorillonnais : on ne préserve pas seul.

Écomusée du Montmorillonnais

Photo: Jean-Auguste Brutails, Public domain. Source

L'Écomusée de demain

Le regard de l'Écomusée est résolument tourné vers l'avenir. En 2022, l'association a lancé une campagne de restauration pour sa grange du début du XIXe siècle — dont il ne subsistait que les murs — afin d'y installer le projet « Écomusée de demain ». Ce programme ambitieux, présenté en septembre 2024 lors d'une journée d'étude professionnelle à Bordeaux et publié dans le numéro 300 de la revue Musées et collections publiques de France, explore le thème « Vers une transition agroalimentaire réussie pour tous ». L'idée : faire de Juillé un lieu de réflexion vivant sur les enjeux alimentaires contemporains, avec un espace de restauration en circuit court, un lieu de vente de produits locaux et des espaces dédiés à l'éducation à la biodiversité.

Pourquoi cela compte

Dans un département de la Vienne où l'exode rural a profondément transformé les campagnes, l'Écomusée du Montmorillonnais accomplit un travail irremplaçable. Il ne se contente pas de conserver des objets : il préserve des gestes, des récits, des manières d'habiter le monde. Les origines mêmes de Juillé — peut-être une villa gallo-romaine, peut-être le domaine d'un certain Julius, certainement un hameau médiéval dont les métayers travaillaient les terres de la Maison-Dieu de Montmorillon — rappellent que ce coin de France est habité, cultivé et raconté depuis deux millénaires.

Le site de Juillé est ouvert au public à Saulgé (86500). L'entrée est à 6 € par adulte. Des visites guidées sont proposées sur réservation pour les groupes à partir de 10 personnes. Contact : 05 49 91 02 32 ou ecomusee.mrc86@laposte.net.

Cet article est né en partie grâce à de vieilles photographies et enregistrements qui ont refait surface lorsqu'une personne a fait numériser ses souvenirs personnels. Cela nous a amenés à nous demander combien d'autres trésors dorment encore dans des greniers, des boîtes à chaussures ou de vieilles armoires — liés de près ou de loin à l'Écomusée du Montmorillonnais et à l'histoire du Pays montmorillonnais. Si vous détenez des supports anciens en lien avec cette institution ou ce territoire, des services comme EachMoment peuvent vous aider à les préserver pour les générations futures.

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